Le pouvoir de l’art : quand un mur rassemble tout un lycée

Mardi matin.

Je traverse la grande cour du lycée avec mon escabeau sous le bras, quelques pots de peinture, des bâches et mon fidèle bleu magique.

Je découvre le mur qui m’attend. Un grand mur gris situé dans un bâtiment un peu à l’écart. Le genre d’endroit que l’on traverse sans vraiment le regarder.

J’ai déjà vécu beaucoup de débuts de projets. Des écoles maternelles où les enfants me bombardent de questions avant même que j’aie posé mon premier pinceau. Des écoles primaires où il faut parfois négocier pour récupérer un peu de place au milieu des élèves impatients.

Mais ici, c’est différent.

Nous sommes dans un lycée.

Des jeunes de quinze à dix-huit ans.

Plus grands. Plus réservés. Plus prudents aussi.

Je prépare le support.

Je peins les fonds.

Personne ne s’approche.

Pas un regard curieux.

Pas une question.

Pas même un « qu’est-ce que vous faites ? »

Le soir, je rentre avec un petit poids sur le cœur.

Parce qu’une fresque collaborative n’est pas un simple décor. Ce qui m’intéresse n’est pas seulement le résultat final. Ce qui me passionne, c’est le chemin parcouru ensemble.

Et pour la première fois depuis longtemps, je me demande si je ne vais pas devoir réaliser ce projet seule.

Le jeudi matin, je trace le motif imaginé avec les élèves de l’option arts plastiques au fil de nos échanges de l’année.

Toujours personne.

…Puis, en début d’après-midi, deux élèves s’approchent.

Elles regardent.

Posent quelques questions.

Prennent un pinceau.

Puis un deuxième.

Puis elles repartent chercher leurs camarades.

Et là, tout bascule.

Les élèves arrivent peu à peu.

Puis de plus en plus nombreux.

Des secondes, des premières, des terminales.

Des élèves qui pensent ne pas savoir dessiner.

Des élèves qui n’ont jamais touché un pinceau depuis des années.

Des élèves qui découvrent qu’ils aiment cela.

Des élèves qui possèdent déjà un talent incroyable.

Certains viennent cinq minutes.

D’autres restent une heure.

Certains peignent en discutant.

D’autres en silence.

Tous laissent quelque chose sur le mur.

Le lendemain matin, avant même que je sois installée, un groupe m’attend déjà. La fresque est devenue leur projet.

Et c’est exactement ce que j’espérais.

Au fil de la journée, même un professeur se laisse convaincre. Il prend un pinceau, ajoute sa couleur et passe ensuite montrer fièrement sa participation à ses différentes classes.

À cet instant, le mur n’est plus seulement un mur. Il est devenu un espace partagé. Un endroit où l’on crée ensemble.

Lundi, nous terminerons les derniers détails. Bien sûr, la fresque sera belle. Les couleurs illumineront cet espace un peu oublié.

Mais ce dont je me souviendrai surtout, ce sont les échanges.

Les sourires.

Les hésitations.

Les premiers coups de pinceau.

Les élèves qui répétaient « je ne sais pas peindre » avant de se découvrir capables.

Les mercis murmurés en fin de journée.

Je parle souvent du pouvoir de l’art.

Cette semaine à Hennebont, je crois l’avoir vu à l’œuvre une nouvelle fois.

Parce qu’au fond, le pouvoir de l’art n’est peut-être pas seulement de transformer les lieux.

C’est aussi de permettre aux personnes qui les habitent de s’y sentir pleinement à leur place…

Une réponse à « Le pouvoir de l’art : quand un mur rassemble tout un lycée »

  1. Avatar de micheleverdu12
    micheleverdu12

    Dommage de ne pas t’avoir connu plus tôt. J’aurais peut-être vaincu ma phobie du pinceau… Bravo pour ce que tu réalises avec des enfants de tous âges.

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